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« Mais ces bruits de chute sont peu fréquents, le plus souvent c'est le silence qui règne, rompu seulement par les bruits du corps qui avance, celui des pieds nus sur le sol humide, celui du souffle un peu oppressé, celui des heurts contre les parois, celui du passage des étranglements, celui des vêtements, du maillot et du pantalon, se prêtant aux mouvements du corps et s'y opposant, se décollant de la peau moite avant de s'y recoller, se déchirant et agités aux endroits déjà en lambeaux par de brusques remous aussitôt calmés, et celui enfin des mains qui par moments passent et repassent sur toutes les parties du corps qu'elles peuvent sans fatigue atteindre. Lui n'est pas encore tombé.»

Pour finir encore,

Samuel Beckett

« Tout à coup j'ai su, une danse très lente s'est emparée de moi et elle était comme un chant. Un voile rouge et obscur s'est étendu sur mes yeux, je suis devenue sourde et j'ai été pénétrée par l'odeur du lion et par le goût de son sang sur mes lèvres. Je descendais en dansant la pente d'un temps très obscur, je traversais des millénaires et je parvenais jusqu'à l'antre des ancêtres, au milieu des dieux lions.

Le sang du lion, mêlé au mien, me faisait entrer dans une dimension où il n'y avait plus de passé, plus de futur ni aucune séparation entre

le fauve et moi, car la barrière de la mort était abolie. Parfois, pour quelques instants, je revenais à la conscience, à la vue, et je découvrais sans surprise que nous dansions tous, dans la grotte originelle d'où les dieux lions étaient sortis un jour pour nous mettre

au monde et avoir enfin des adversaires dignes d'eux. »

Diotime et les lions

Henry Bauchau

« Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre.

Abrutie.

Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent.

La conscience est pauvre.

La main s'essuie au tablier de toile grossière.

Abrutie.

Les mots n'ont pas lieu d'être. Ils sont.

 

C'est le soir. Elle ferme les volets. Elle tire à elle le bois mangé, les ferrailles crues, rivées encore dieu sait comment à ce qui résiste au vent, à l'orage, à son bras las qui tire. Dans la bascule de la lumière, son cœur.

Chaque jour, un saut infime. Chaque jour, et rien.

Elle a perdu.

Elle se tourne vers le noir.

Elle va, le regard qui bute sur le monde. »

Les Demeurées

Jeanne Benameur

​© 2018 par Céline GAYON Créé avec Wix.com

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